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Blanchisserie industrielle. Les grosses unités oubliées des dispositifs d’Etat


Publié le 16 déc. 2020 15:41:00

 

Bonne nouvelle, les dernières mesures semblent davantage mieux prendre en compte les PME. Les blanchisseries industrielles, qui relèvent du secteur S1bis, peuvent donc prétendre aux différents dispositifs d’aides proposés par le gouvernement… sous réserve d’employer jusqu’à 50 salariés ! Alors que le gouvernement annonce partout son « soutien aux entreprises », les blanchisseries industrielles comptant plus de 50 salariés se battent en effet pour survivre face à la crise. Exclues des dispositifs proposés, elles ne peuvent que choisir de s’endetter, mourir ou espérer être rachetées pour limiter la casse sociale engendrée. Un compte à rebours est enclenché dans cette lutte pour survivre qui pourrait coûter à terme près de 9 000 emplois étant donné qu’un bon tiers de ces entreprises pourraient ne pas survivre au second épisode de confinement et disparaître en 2021. Pourtant, une solution existe.

Entre les « oubliés » du Ségur de la Santé ou l’exclusion des entreprises privées de plus de 50 salariés des dispositifs d’aide face à la Covid-19, les arbitrages surprenants s’accumulent et commencent à peser sur le marché de l’entretien textile professionnel. Moralement d’abord. Résolument figures de l’ombre, les blanchisseries sont pourtant à pied d’œuvre depuis le début de la crise sanitaire, et leur utilité n’est plus à démontrer.
Financièrement, ensuite. Si les prestataires de l’entretien textile ont finalement bénéficié d’un ajout sur l’annexe du décret n°2020-1328 du 2 novembre 2020 et sont donc désormais sur « la liste des S1 bis »1, les conditions pour prétendre aux aides proposées permettent finalement à peu d’entre eux d’en profiter.

L’ajout était pourtant pertinent, sonnant même comme une évidence pour ces prestataires de l’hôtellerie-restauration, si fortement impactée elle aussi et qui pèse près de 35% dans les comptes rien que pour les adhérents du GEIST2 (soit plus de 650M€). Mais l’intégration à cette « liste sésame » ne suffit pas à sortir les blanchisseries très impactées de l’ornière. La faute d’une part à un ratio un brin trop élevé : beaucoup affichent une perte de chiffre d’affaires d’en moyenne 60%, là où pour entrer dans la cour des attributaires il en faut 80% minimum.
La faute aussi à un seuil d’effectif borné à 50 salariés. Il va sans dire qu’un outil de dimension industrielle a tôt fait de dépasser ce seuil. Seule alternative possible pour les blanchisseurs concernés : s’endetter davantage et reléguer leurs projets et investissements aux oubliettes. Le ricochet social est évident.

Des conséquences dramatiques

La colère et l’incompréhension grondent chez ces blanchisseurs qui se disent « oubliés », « ne rentrant dans aucune case », « victimes collatérales »... mais pas résignés ! Quelques initiatives se font jour et à juste titre : les risques d’une fracture économique sur cette portion du secteur sont réels. Le phénomène de concentration auquel on assiste déjà depuis plusieurs années risque de s’accentuer, diluant peut-être les savoir-faire, dilapidant sans doute des structures familiales qui aujourd’hui favorisent et accompagnent une économie locale. « On a coupé les ailes de ces PME parfois en plein développement à qui on a imposé une situation et qui n’ont plus que quelques mois de trésorerie pour trouver une solution », confirme un fournisseur. A l’instar de la Blanchisserie de Paris, comme en témoigne son dirigeant et fondateur, Cyril Corria : « Notre situation est catastrophique. Nous ne bénéficions pas des mêmes aides que nos clients, bien que notre activité soit liée à 100% à l’hôtellerie-restauration. Notre tort : être référencé comme une blanchisserie de gros de plus de 50 salariés. La deuxième vague nous a plongés dans une situation de crise de trésorerie que nous n’avons jamais rencontrée. Toutes nos charges ont repris, des crédits-baux aux emprunts ; certaines ne se sont jamais arrêtées : charges locatives (camions, photocopieurs, matériels...), loyers, assurances, prévoyances, mutuelles, congés payés... »

S’il concède avoir pu bénéficier du PGE à hauteur de 25%3 au mois d’avril, le prêt n’a permis que d’apurer les dettes fournisseurs, et le chef d’entreprise ne peut que constater que sa trésorerie a fondu comme neige au soleil à la suite du deuxième confinement. Il précise : « L’état des lieux de nos finances est très clair : notre endettement lié au PGE n’a fait qu’accroître le déficit de notre situation financière et le soutien de l’Etat ainsi que celui de la région sont complètements absents. A ce jour, nous nous retrouvons avec une dette sociale et d’emprunt due à la première période de confinement, plus une dette fiscale suite à la deuxième vague. Il nous reste une trésorerie pour une période de deux mois. Nous avons facturé uniquement 6% de chiffre d’affaires en novembre 2020 en comparaison à novembre 2019. Par rapport à notre prévisionnel, le chiffre d’affaires total de l’année sera uniquement de 25%. »

Basculer en « liste S1 », la solution !

Il semblerait judicieux pour le gouvernement de réviser les textes pour d’une part éviter d’émousser davantage l’engagement jusqu’alors sans faille des opérateurs, incrédules devant ces anomalies, mais surtout pour éviter une casse économique et sociale aux effets dramatiques. Le tableau est assez noir et révélateur des difficultés rencontrées par la Profession. Cyril Corria n’est pas fataliste, il cherche encore des solutions, mais il se heurte aux arbitrages actuels. « Cette situation nous a été imposée et nous n’avons fait aucune erreur de gestion, mais il est impossible de garder en vie une entreprise dans le contexte présent. Il faut être conscient de la réalité et désormais, mes 100 salariés sont suspendus aux décisions que pourraient prendre l’Etat et/ou la région. Les choix sanitaires de l’Etat afin de préserver la santé publique sont louables, mais alors il faut un soutien adapté aux entreprises de notre secteur. Dans le cas contraire, cela sonnera le glas pour nombre d’entre nous, alors à la merci des groupes gérés par des fonds d’investissements. Bref, la fin des PME dans notre secteur d’activité ! »

Désormais, pour faire face, les blanchisseurs industriels employant plus de 50 salariés et dans la tourmente n’ont donc plus qu’à se tourner vers les régions pour espérer un coup de pouce salutaire. A moins d’un sursaut de Bercy, la solution étant peut-être finalement simple : faire basculer la catégorie blanchisserie de gros en liste S1 !

1 La part de traitement textile issu du secteur de la Santé n’est pas le segment de marché majeur dans les blanchisseries privées. Beaucoup concentrent leur activité sur le linge de l’hôtellerie-restauration ou de l’industrie, d’où l’ajout à la liste S1bis dans l’annexe du décret concernant le Plan Tourisme.
2 GEIST : Groupement des Entreprises de l’Industrie des Services Textiles
3 PGE : Le Prêt Garanti par l’Etat est un prêt bancaire de trésorerie d’un an pouvant représenter sauf cas dérogatoires (voir PGE saison et PGE), jusqu’à 25% du dernier exercice clos ou deux années de masse salariale pour les entreprises innovantes ou créées depuis le 1er janvier 2019.

Retrouvez les témoignages des patrons face à la crise dans notre prochain numéro.

 

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